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Améliorer les habitudes alimentaires des jeunes Français : c’est le temps d’agir!

Même si l’évolution de l’obésité et du surpoids en France semble se stabiliser, l’heure n’est plus à la réflexion sur les comportements alimentaires des jeunes. Il faut désormais passer à l’action sur le terrain surtout dans les milieux plus défavorisés où l’on observe toujours une augmentation du surpoids et de l’obésité chez les enfants.

Compte rendu de la présentation État de la situation en France / Europe dans le cadre du colloque Alimentation et santé des jeunes : connaissances et innovations pour lutter contre les tendances non désirées, tenu à Montréal les 3 et 4 octobre 2011.

Présentatrice : Maïté Tauber est pédiatre et coordonnatrice nationale au Centre de référence du syndrome de Prader-Willi et professeure de pédiatrie de l’équipe d’endocrinologie du CHU de Toulouse.

1. Programme national de nutrition santé en France : le contexte

Revu tous les cinq ans, le Programme national de nutrition santé (PNNS) est rendu à sa 3e mouture d’objectifs, d’actions, de mesures, de réglementations, de réflexions et de suivis pour améliorer la santé de la population par la nutrition. Cette version du programme comprend d’ailleurs l’ajout de l’activité physique pour contrer la sédentarité.

« Depuis quelques années, plusieurs études montrent une tendance à la stabilisation de l’évolution de l’obésité et du surpoids en France à des âges différents. Je dois dire cependant que dans les milieux socioéconomiques plus faibles nous n’observons pas cette stabilisation. Au contraire, nous observons toujours une augmentation du surpoids et de l’obésité », s’inquiète la Dre Maïté Tauber.

Elle avoue que les outils utilisés dans les premières années du PNNS – lancé en 2001 – n’étaient pas destinés à ces populations. « Aujourd’hui, plusieurs actions sont mises en place auprès de ces populations parce qu’il y a des situations où il ne faut pas trop parler, mais agir sur le terrain », avance Maïté Tauber.

Voici quelques mesures du PNNS 3 :

  • mettre en place des interventions spécifiques pour réduire les inégalités sociales de santé en matière nutritionnelle;
  • décliner la stratégie de prévention nutritionnelle en améliorant les environnements alimentaires afin de rendre accessible le choix d’aliments favorables à la santé;
  • créer des actions d’information et d’éducation nutritionnelle;
  • promouvoir l’allaitement maternel.

2. État de la situation du surpoids et de l’obésité en France

L’Étude nationale nutrition santé, dont l’objectif était de décrire les apports alimentaires et nutritionnels et l’activité physique, brosse ce tableau sur la consommation alimentaire des enfants en France :

  • 20 % des enfants atteignent le repère de 5 fruits et légumes par jour qu’importent l’âge et le sexe;
  • près de 43 % des enfants de 3 à 17 ans consomment chaque jour 3 à 4 portions de lait et de produits laitiers, une consommation allant en diminuant avec l’âge, en particulier chez les filles de 11 à 17 ans;
  • un tiers des enfants atteint le repère de consommer un féculent à chaque repas;
  • seulement 47 % des enfants atteignent le repère d’une à 2 portions de viande, volaille, poisson et œuf quotidiennement;
  • 70 % des garçons et 76 % des filles ont des apports insuffisants en calcium;
  • un tiers des garçons et 20 % des filles consomment trop de sel;
  • deux tiers des enfants consomment moins d’un litre d’eau par jour;
  • les dernières données, qui datent de 2006, montrent que le pourcentage de surpoids et obésité s’élève à peu près à 18 % en France.

3. Comportement alimentaire tendance des adolescents : « sauter » le petit déj!

En 2009, une autre étude multidisciplinaire, intitulée Health Behaviour in School-aged Children, dont l’objectif principal était de mieux comprendre les comportements de santé des adolescents, a fait ressortir une donnée notable sur le petit déjeuner.

  • Dans la plupart des pays de l’Europe du Nord, plus de 50 % des jeunes déjeunent le matin.
  • En France, 64 % des garçons et 56 % des filles prennent un petit déjeuner tous les jours. Un comportement qui semble cependant diminuer avec l’âge, selon l’étude.

« Et ce comportement diminue davantage chez les filles et chez les jeunes provenant de milieux socioéconomiques plus faibles. On a essayé de savoir pourquoi chez les filles. En France, les filles pensent que si elles sautent le petit déjeuner, elles seront plus minces », note Maïté Tauber.

En fait, tous les enfants en surpoids ou obèses prennent moins souvent un petit déjeuner, et c’est la même chose chez les adultes, poursuit la pédiatre. Prendre un petit déjeuner pourrait alors devenir un indicateur de bonne santé dans la recherche.

En ce qui a trait à la consommation de fruits et légumes, seul un tiers des garçons et des filles consomment des fruits et légumes tous les jours en France. Et la fréquence de ce comportement tend à diminuer avec l’âge, notamment chez les garçons et les jeunes de milieux socioéconomiques plus faibles.

C’est tout le contraire pour la consommation de boissons sucrées. Ce comportement augmente avec l’âge et devient même plus fréquent de 11 à 15 ans.

« Il nous semble capital de rappeler qu’il existe un lien entre la consommation de boissons sucrées et le développement du surpoids chez l’enfant. Alors, un enfant qui boit plusieurs de verres, voire plusieurs litres de boissons sucrées par jour, devrait être débanalisé », indique Maïté Tauber.

4. La complexité de mesurer les comportements alimentaires chez les enfants

Pour la pédiatre, il est difficile de mesurer les comportements alimentaires chez les enfants et de tirer des conclusions quant au surpoids ou autres effets sur la santé.

« Les études doivent être interprétées avec précaution. C’est quelque chose de complexe, parce qu’il n’existe pas de méthode standardisée pour la recherche, en particulier chez les enfants. On note aussi de nombreux biais de déclarations et même pour les tendances, puisqu’elles se révèlent moins importantes quand il y a des études répétées », mentionne Maïté Tauber.

Elle convient cependant que les études longitudinales sont fondamentales, mais il faut leur ajouter cette notion d’études plus écologiques. C’est-à-dire des études qui se font dans le milieu de l’environnement de l’enfant – comme la famille, l’école et la communauté – pour pouvoir moduler les données et être capables d’en tirer des interprétations pour enfin mieux agir.

Carole Boulé pour Québec en Forme

Ce reportage a été rendu possible grâce à Québec en Forme avec la collaboration de l’ITHQ.

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