L’environnement alimentaire des jeunes : comment faire des interventions efficaces?

 

Compte rendu de la présentation Perspectives conceptuelles et données probantes prometteuses pour soutenir le développement d’interventions populationnelles visant l’adoption des normes et pratiques alimentaires souhaitées dans le cadre du colloqueAlimentation et santé des jeunes : connaissances et innovations pour lutter contre les tendances non désirées, tenu à Montréal les 3 et 4 octobre 2011.

Présentatrices : Lise Gauvin, à gauche sur la photo, est chercheuse et professeure au département de médecine sociale et préventive à l’Université de Montréal, et Tracie Ann Barnett, à droite sur la photo, est chercheuse adjointe au département de médecine sociale et préventive au Centre de recherche du CHU Sainte-Justine à Montréal.

1. À la recherche d’interventions efficaces

L’obésité serait une réponse physiologique normale à un environnement anormal (Egger et Swinburn), rappelle d’entrée de jeu Lise Gauvin. L’environnement pourrait donc jouer un rôle clé pour faciliter l’adoption de saines habitudes de vie chez les jeunes ou, au contraire, nuire à cet effet.

Dans une démarche d’interventions efficaces auprès de la population, une première étape consisterait à déterminer les incidences du point de vue individuel, de la pratique ou non, d’un certain nombre de saines habitudes de vie.

Pour les chercheuses Lise Gauvin et Tracie Ann Barnett, il est essentiel d’établir un lien très étroit entre les interventions sur le terrain et la recherche afin de réussir à produire des données fiables sur les facteurs déterminants des incidences du point de vue individuel et populationnel.

« Si l’on veut intervenir auprès des populations, il faut qu’il y ait des interventions tant sur le plan individuel que populationnel, mais ces interventions ne doivent pas se nuire ou être en compétition les unes contre les autres, car chacune a des visées très différentes », précise Lise Gauvin.

Selon Lise Gauvin, les interventions individuelles sont efficaces dans les circonstances suivantes :

·      lorsque les retombées sont abondantes et presque certaines, c’est-à-dire une perte de poids et une amélioration de la santé significatives chez un individu ayant suivi un programme d’activité physique intensif supervisé par un professionnel de la santé;

·      lorsque le temps nécessaire pour produire ces retombées est court, donc peu de délai pour atteindre une gratification, c’est-à-dire que l’individu atteint rapidement ses objectifs grâce à l’intensité de son programme d’entraînement;

·      le coût et l’effort associés à ce changement, par rapport aux retombées positives, sont relativement faibles, c’est-à-dire que la perte de poids et une meilleure condition physique effacent rapidement les efforts fournis par l’individu.

Les interventions populationnelles seront efficaces lorsque des changements se manifesteront dans :

·      les occasions, c’est-à-dire de faciliter les bons choix, comme la construction de pistes cyclables, de complexes sportifs et des aires de jeux et de loisirs;

·      le prix, comme des mesures fiscales pour encourager l’activité physique et de bonnes habitudes alimentaires;

·      l’accessibilité aux programmes et aux services à la population qui sont déployés dans les milieux dits naturels, comme à l’école, la communauté et le quartier;

·      les environnements favorables des quartiers résidentiels, comme l’aménagement de parcs, de voies piétonnières, la diminution du trafic routier, etc.;

·      la pression sociale, c’est-à-dire des comportements de santé, d’activité physique et de saine alimentation dans l’entourage et dans la communauté.

2. Interventions individuelles et populationnelles : le paradoxe de la prévention

Lorsque l’on transpose les facteurs de succès des interventions individuelles dans le contexte de la prévention, on aura moins de chance d’avoir un effet sur la population.

C’est ce qu’on appelle « le paradoxe de la prévention » qui découle des interventions individuelles et populationnelles, c’est-à-dire qu’une intervention qui produit de gros bénéfices pour la communauté ou la population va souvent produire de faibles bénéfices pour l’individu et inversement.

« Même si les gens marchent 15 minutes de plus par jour, ça ne leur donnera rien individuellement. Sauf que si tout le monde dans la population marchait 15 minutes de plus, il y aurait un bienfait dans la population par effet de cumul », donne Lise Gauvin en exemple.

3. Les environnements des jeunes à l’étude

À ce jour, les éléments déterminants et les lieux documentés par les études l’ont surtout été relativement au taux d’activité physique chez les enfants.

« On apprend que les enfants ont plus de chance d’atteindre les recommandations en matière d’activité physique ou de faire plus d’activité physique, s’ils vivent dans un milieu bien aménagé pour les piétons, où les autos, peu nombreuses, circulent à vitesse réduite, avec, à proximité, des plateaux sportifs et des parcs », mentionne Lise Gauvin.

C’est d’ailleurs l’axe de recherche de Tracie Ann Barnett, dont les travaux portent sur les caractéristiques des environnements des jeunes. La plupart de ses projets de recherche sont complémentaires de l’étude QUALITY, une étude longitudinale de l’histoire naturelle de la surcharge pondérale chez 630 jeunes Québécois, dont un des parents est obèse.

« On peut voir dans les caractéristiques individuelles de ces 630 familles que 40 % des enfants présentent déjà une surcharge pondérale ou de l’obésité. J’ai analysé les caractéristiques des quartiers de ces familles, notamment le volet résidentiel, l’environnement bâti, le transport routier, les micro environnements, les trottoirs, l’environnement alimentaire (dépanneurs, services de restauration rapide et supermarchés), ainsi que l’environnement socioéconomique », note Tracie Ann Barnett.

Résultats : il existe un lien très fort entre le nombre et la proximité des parcs et la fréquence de marche des enfants âgés de 8 à 10 ans.

Carole Boulé pour Québec en Forme

Ce reportage a été rendu possible grâce à Québec en Forme avec la collaboration del’ITHQ.

Pour en savoir davantage :

Sur l’étude Quality : http://www.etudequalitystudy.ca/?p=1&lang=fr&mid=1

, ,

One Response to L’environnement alimentaire des jeunes : comment faire des interventions efficaces?

  1. Bernard genest 1 mai 2012 at 15 h 36 min #

    Bonjour, on a va peut-être finir par se réveiller et se prendre en main! Tout commence par soi. Contrairement à vous, je n’ai pas attendu qu’il y ait des pistes cyclables, des parcs etc. pour faire de l’exercice. C’est bien certain que le fait d’avoir des complexes sportifs, ça devient plus incitatifs, mais j’ai 61 ans, ex-éducateur physique, et j’ai toujours dit à mes amis es, que tout ce que l’on avait besoin pour se mettre en forme, c’est une bonne paire d’espadrilles, donc, pas une question d’argent, mais une question de motivation personnelle!
    Et le plus important de tout, c’est de faire ce que je dis, je veux dire: prêcher par l’exemple! Faire au moins 15 minutes d’exercices par jour de vient assez facile, lorsque l’on ne voit pas l’exercice comme une obligation, un fardeau, une souffrance. Lorsque je pelle, l’hiver, lorsque je passe le rateau, lorsque je prends une petite marche tout en ramassant quelques déchets jetés par des irresponsables, lorsque je lave les fenêtres de la maison, lorsque je m’amuse avec mon chien, je fais de l’exercice, je me fais du bien mentalement et physiquement et je donne un bon exemple autour de moi!

Laisser un commentaire